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L’Allemagne et son démon de la guerre, par Édouard Husson (Nyctalopes #9)

  • Photo du rédacteur: annesophiechazaud
    annesophiechazaud
  • 26 mars
  • 2 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 7 jours

« Il aurait pu s'exprimer ainsi en 1915 ou en 1942!


Le chef du Service fédéral de renseignement allemand (BND) déclare : la guerre en Ukraine doit se poursuivre pendant plus de 5 ans.


Bruno Kahl, chef du Service fédéral de renseignement, a déclaré lors d'un entretien :

"Si la guerre en Ukraine se termine avant (2029 ou 2030), toutes les ressources de la Russie - tant techniques que matérielles - pourraient représenter une menace pour l'Europe bien avant".


En d'autres termes, un accord de paix ne profitera pas à "l'Europe" s'il est conclu avant les cinq prochaines années. De même, le dirigeant allemand insinue qu'il est dans l'intérêt de "l'Europe" de continuer à envoyer des bataillons d'hommes ukrainiens pour qu'ils meurent sur le champ de bataille.


C'est triste de voir que dans la tête de beaucoup de dirigeants allemands rien n'a changé, 80 ans après la guerre d'extermination menée par la Wehrmacht en Ukraine, Russie, Biélorussie etc....


Au fond cela s'explique. Le monde anglo-germanique partage une même vision de l'inégalité des peuples. La démocratisation de l'Allemagne de l'Ouest sous conduite américaine ne s'est pas accompagnée d'une disparition de la vision inégalitaire de l'histoire dans la culture politique allemande à l'ouest. (Dans l'ancienne RDA sous influence soviétique, au contraire, l'égalité des peuples est devenue un principe constitutif de la culture politique)


"L'Europe" dont parle Kahl est une Europe amputée de la Russie. Ce que cet individu nous explique c'est qu'il souhaite que des Européens meurent sur le champ de bataille pendant encore cinq ans au moins! Cela ne lui suffit pas que les Allemands aient déclenché deux guerres qui ont laissé l'Europe exsangue. Il danse de joie à la perspective que plus d'Ukrainiens et de Russes encore meurent.


Pour la France, il y a quelques conclusions opérationnelles à en tirer:


1. On ne partage pas la dissuasion nucléaire française avec une Allemagne qui, pour la troisième fois en 120 ans, cherche à détruire la Russie.


2. L'Union Européenne change de fonction du point de vue francais: elle devient pour Paris un instrument de contrôle d'une Allemagne belliciste.


3. Les services francais doivent désormais considérer le BND comme l'instrument d'une déstabilisation de l'Europe.

En réalité, c'est le cas depuis la fin des années 1970: le BND a été décisif pour préparer l'éclatement de la Yougislavie. Mais Mitterrand et ses successeurs ont été bien naïfs... ».




Publié sur X par Édouard Husson, le 25 avril 2025


Édouard Husson est professeur à CY Université Paris-Cergy.

Il est co-fondateur de l'Institut Brennus.

Il est aussi directeur de la publication du Courrier des Stratèges


Il a notamment publié :

Comprendre Hitler et la Shoah, Paris, Presses Universitaires de France, 2001

(avec Bruno Cabanes), Sociétés en guerre.1914-1945, Paris, Armand Colin, 2003

Heydrich et la "solution finale" (pref. Ian Kershaw; postface Jean-Paul Bled), Paris, Perrin, 2008

(avec Norman Palma), Le capitalisme malade de sa monnaie. Essai sur l'origine monétaire des crises économiques, Paris, François-Xavier de Guibert, 2009. 

Paris-Berlin. La survie de l'Europe, Paris, Gallimard, 2019

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